Le clocher

Il dégage, sous sa tour, immédiatement à droite de l'entrée, une petite pièce carrée de quatre mètres de côté. Son élégante voûte d'ogive, d'un style très pur, comporte huit arcs qui viennent soutenir, en son centre, la lumière circulaire du passage des cloches. L'électrification de ces dernières a libéré, au sol, l'espace du sonneur, et on y a transporté les fonts baptismaux (monument historique). Ces fonts, d'un élégant ovale (1,48 m x 0,90 m), sont en pierre sculptée ornée d'oves. Ils sont d'époque Renaissance et datés de 1553 (date qui peut également se lire 1533). Ils portent, au nord, les armes de Guillaume du Plessis, rappelées au sud en juxtaposé avec celles de son épouse Marie-Françoise du Ternay.

1533 ou 1553 ? Le mariage de Guillaume et de Marie-Françoise, en 1527, peut laisser supposer qu'ils commandèrent ces fonts à l'occasion du baptême de leurs descendants, ce qui porterait à retenir la date de 1533. D'un autre côté, la mort de Guillaume du Plessis, en 1530, peut avoir incité sa veuve ou leurs enfants à commander ces fonts, en guise d'hommage et en signe de foi. Dès lors, il faudrait retenir la date de 1553. Graphiquement, cette dernière est plus plausible. Sur une œuvre d'art de cette qualité, on est surpris de voir cette date gravée à main levée, sans souci de composition. On peut songer que cette date a été ainsi ajoutée pour mémoire, car aucun " client "princier n'aurait accepté ce travail peu soigné.

     Guillaume du Plessis (1491-1550) fut ambassadeur en Suisse sous le règne d'Henri II. Après la diplomatie, il devint Maître des Eaux dans le comté de Clermont. En 1539, il réforma la Coutume du Beauvoisis qui datait de 1283. Ce travail servira de base pour tous les textes réglementaires du royaume.

Ces fonts sont éclairés par deux fenestrons. La lumière du sud souligne le fort chromatisme des vitraux qui les habillent. L'un représente le passage de la Mer Rouge, et l'autre Jean baptisant Jésus. Ils sont l'œuvre de Didier et Marie-France Avenel, maîtres-verriers à Compiègne, qui les créèrent en 1968.

Accolé à la tour, un petit escalier sénestrogyre haut de 25 marches donne accès au premier niveau du clocher (on monte ensuite par des échelles jusqu'à l'entablement). Son accès originel, par la tour du clocher, a été bouché et reporté en tout début du collatéral sud.

Les cloches. Les premières habitantes du clocher s'appelaient Alexandrine-Marie (910 kilos), Françoise-Marie (675 kilos) et Louise-Marie (508 kilos). Bénies le 5 octobre 1753, elles furent déposées par les révolutionnaires. Le clocher resta muet jusqu'en 1846, année où arrivèrent leurs remplaçantes : Françoise (1075 kg Mi), Gaëtane (780 kg -Fa) et Stanislas (540 kg -Sol dièse). Françoise eut pour parrain Charles Dancourt et pour marraine Zénaïde de Restignac, duchesse de Liancourt. Gaëtane est la filleule de Gaëtan de la Rochefoucauld-Liancourt et d'Uranie Breton (sœur Saint-Ange), supérieure de l'hospice. Stanislas fut parrainé par le juge de paix Nicolas Boulanger et sa marraine, Mme Colin, dame Pervillé, l'offrit en souvenir de son fils Stanislas, mort à vingt ans.

L'électrification des cloches. Le 11 octobre 1957, le conseil paroissial de Liancourt se réunit de toute urgence en session extraordinaire. Que se passe-t-il ? M. Lldis vient d'annoncer au chanoine que, dès le 1er novembre, il abandonnait les fonctions de sonneur qu'il exerçait depuis dix-neuf ans. L'église muette 1 ... Revient, avec une actualité brûlante, la vieille question de l'électrification des cloches. C'est cher : 550.000 F. Comment financer les travaux ? Kermesse, emprunt, souscription ? Un conseiller, le Colonel Noaille, propose" comme cela se fait en beaucoup d'endroits " de solliciter une subvention de la ville. Violente réplique du doyen Snejdareck qui objecte " qu'on n'est pas ici dans un pays d'unanimité religieuse, qu'une pareille demande pourrait être très discutée par une partie notable de la population et que, enfin, l'église n'aurait plus son indépendance vis-à-vis de la ville ". Et toc ! L'imprudent colonel peut se vanter de s'être fait... sonner les cloches. La discussion est âpre ; elle dure cinq heures. Finalement, le conseil opte pour la souscription. Elle est ouverte deux jours plus tard.

Du côté de la mairie, les choses traînent. Ce n'est que le 27 janvier 1958 que le maire donne son autorisation pour l'électrification, bien qu'il joigne ses compliments pour l'initiative de cette modernisation. Dès le 18 février la maison Mamias, de Gagny, entreprend les travaux ... avec un petit supplément de 80.000 F pour le remplacement du mouton de la grande cloche. Mais l'argent de la souscription rentre. L'électrification est terminée le mardi 25 février, à 20 heures. Toute la journée du mercredi, les Liancourtois entendent les essais de sonneries : les trois cloches en volée et en tintement, angélus et glas (pleureux) automatiques. Le mécanisme est inauguré le dimanche 2 mars, avant la grand-messe. Remarquons que rares sont les occasions d'entendre le glas "à la satisfaction générale " !