Les chapelles

Débordantes au nord et au sud, elles donnent à l'église sa forme de croix latine. Carrées, elles ont été traitées avec une majesté particulière que traduisent leurs grandes dimensions au sol (47 m2), leurs larges baies et leurs élégantes voûtes en croisée de cintres (celle du nord est légèrement affaissée). Ces voûtes s'appuient sur de riches colonnes d'angle. Les deux faces des chapiteaux des quatre colonnes de la chapelle sud présentent un visage d'enfant, qui, dans la chapelle nord, n'est curieusement répété qu'à la colonne nord-est et à la seule face sud de la colonne nord-ouest. Chacune possède, en allège de la grande fenêtre axiale, un monument de marbre blanc et noir, avec cartouche central (portant les initiales AP d'Antoinette de Pons) et flanqué de deux niches (monuments historiques). Les armes des du Plessis sont répétées aux croisées de cintres. Ce luxe de décoration tient au fait que les chapelles reçoivent les caveaux des princes.

Au nord ont été inhumés Charles du Plessis (en 1620) et son épouse Antoinette de Pons (en 1632), au sud Roger du Plessis (en 1674) et son épouse Jeanne de Schomberg (la même année). Le caveau du nord reçut en outre le corps du janséniste Toussaint Desmares, curé de Rantigny (en 1687), tandis que celui du sud, dès 1669, accueillit la dépouille d'Agnès du Plessis, cinq ans avant... ses grands-parents paternels ! Cette jeune femme, décédée à 23 ans, était l'épouse de François VII de La Rochefoucauld, et belle-fille de François VI, l'auteur des Maximes.

Charles du Plessis (1545-1620), était seigneur de Liancourt, Angicourt, Cambronne, Catenoy, Cauffry, Laigneville, Mogneville, Rosoy et Verderonne. Il était également comte de Beaumont-sur-Oise, marquis de Guercheville, baron de Montlouët et de Gallardon. Protestant, " premier escuyer en ses escuries "du roi Henri IV, conseiller d'État et privé du monarque, chevalier d'honneur de la reine mère, il fut gouverneur de Metz et de Paris.

 Antoinette de Pons (1560-1632), marquise de Montfort et de Guercheville, veuve (depuis 1586) d'Henri de Silly, comte de la Roche-Guyon, était première dame d'honneur de la reine Marie de Mèdicis, à qui elle recommanda (en 1614) de prendre comme secrétaire-directeur l'évêque de Luçon : Richelieu. Neuf ans plus tard, l'imminent grand ministre de Louis XIII faisait raser le château de Pons ! Princesse d'Acadie et des Territoires D’Amérique du Nord, elle était la fille d'Antoine l, sire de Pons, conseiller du roi, gouverneur de Saintes, de Montargis et du Saintonge, protecteur de Bernard Palissy.

Une femme au destin extraordinaire. Antoinette de Pons plaisait fort à Henri IV, qui la poursuivit de ses assiduités " sans résultat ", précisent les aimables chroniqueurs. Soit. Le Béarnais, dès lors, jusqu'à son assassinat en 1610, lui voua respect et considération, au point qu'elle devint conseillère intime et écoutée de la reine, et titrée Protectrice des missions d'Amérique. Antoinette, très influente depuis la régence de Marie de Médicis, prit son titre très au sérieux, et réunit les finances pour aider Monsieur de Poutrincourt, seigneur d'Acadie, dont elle obtint les droits sur son territoire de la Nouvelle France, avec l'aide bienveillante et très intéressée de ses protégés et fondés de pouvoir : les jésuites. Louis XIII, devenu roi, la confirma princesse d'Acadie et, par deux lettres royales, lui fit don des territoires d’Amérique du nord, du Canada à la Louisiane ! À la tête de son gigantesque empire (les territoires des futurs États-Unis), elle ne put résister aux harcèlements des Anglais, qui dispersèrent les colons de 1608, sans parvenir à éteindre totalement une culture française qui se remarque encore aujourd'hui.

Roger du Plessis (1598-1674), fils de Charles du Plessis et d'Antoinette de Pons, Pair de France, seigneur de Liancourt, marquis de Guercheville, comte de Beaumont, fut premier gentilhomme de la Maison du Roi (Louis XII1) (1622), colonel du Régiment de Picardie (1623). Il était beau, élégant, brave, adroit, franc, libéral. Mais il était aussi dépensier, grossier, râleur, débauché, querelleur. Pour une question de femme, il n'hésita pas à croiser le fer avec de Schomberg, son beau-frère, malgré les édits royaux. Il le provoqua en duel... dans la chambre même du roi ! Ce toupet lui valut de se faire disgracier et de perdre ses charges. Sous le règne suivant, il fut député aux États-Généraux de Chaumont-en-Vexin (1651), bailli et gouverneur de Clermont-en-Beauvoisis (1660). Il quitta définitivement la cour du roi Louis XIV pour s'installer à Liancourt, au nouveau château (construit en 1640), dans " le plus vaste et le plus attrayant jardin de l'Europe" avant Vaux-le Vicomte et Versailles.

Jeanne de Schomberg (1600-1674), la " dame de Liancourt ", était destinée au fils de Sully. Mais la mort d'Henry IV et la disgrâce du grand ministre empêchèrent cette union. Son père lui désigna pour époux le stupide comte de Brissac ... auquel elle résista si bien que l'Église annula le mariage. En 1620, enfin, elle put choisir l'homme de son cœur : Roger du Plessis-Liancourt, aussi bel homme que faible de culture, mais l’amour.  ... Elle avait 20 ans, lui, 22. Il avait des plaisirs d’homme : les femmes et la guerre. Débauché, brillant soldat, il se distinguait aussi bien dans les alcôves qu'au commandement du Régiment de Picardie. Il aimait les courtisanes et le luxe. À ces torts, Jeanne répondit en tentant de le retenir dans un cadre que, pour lui, elle voulut brillant et exceptionnel : le château de Liancourt, "tout ce qu'on pouvait faire de beau pour les eaux, les allées et les prairies, et tous les ans elle y ajoutait de nouvelles beautés ", dit Tallemand des Réaux. Jeanne, pour son mari, rassembla à Liancourt la meilleure société (l'abbé Boileau, le cardinal Richelieu et sa nièce, la duchesse d'Aiguillonn, le prince de Condé et sa fille, la future duchesse de Longueville, son fils, le duc d'Enghien, très lié avec le jeune comte de la Roche-Guyon, fils unique du duc et de la duchesse de Liancourt et, par deux fois, toute la cour du jeune roi Louis XIV,

dont la reine régente et le cardinal Mazarin) ainsi que les commodités les mieux adaptées aux exercices et aux jeux. Rien n 'y fit. Le duc de Liancourt, quoi que témoignant beaucoup de respect à sa femme, persistait à lui refuser son affection unique. Madame de Liancourt, généreuse, allait jusqu'à payer les bijoux que son mari offrait à ses maîtresses ! Toute sa vie, elle l'entoura des soins les plus tendres, même dans les moments où la petite vérole l'obligea au repos. Vers l'âge de quarante ans, la duchesse tomba malade. Le duc renonça à ses désordres, et tous deux s'appliquèrent à une vie de vertus. Ils se consacrèrent aux pauvres. À 74 ans, Jeanne de Schomberg, duchesse de Liancourt, mourut d'une hydropisie de poitrine le 14 juin 1674. Le 1" août suivant décédait son époux. Ils avaient 54 ans de mariage.

Toussaint Desmares (?-1687), curé de Rantigny, fut un janséniste notoire, qui eut l'honneur d'être reçu par le pape Innocent X.

 Jeanne Charlotte-Agnès du Plessis-Liancourt (1646-1669) était la fille d'Henry-Roger du Plessis et d'Anne-Elisabeth de Lannoy. Son mariage avec son cousin issu de germains, François VII, prince de Marcillac, troisième duc de la Rochefoucauld, marqua la seconde alliance des la Rochefoucauld et des du Plessis. Elle fut élevée par sa grand-mère, Jeanne de Schomberg, qui écrivit pour elle un " règlement de vie, donné par une dame de qualité pour Madame sa petite-fille.

     Les Révolutionnaires, en application de la loi du 11 frimaire an II (1er décembre 1793), relevèrent les six cercueils pour en récupérer le plomb ! Les ossements qui demeurent dans le caveau nord semblent n'appartenir qu'à un squelette. De même, quelques ossements sont encore dans le caveau sud.

Dans la chapelle du nord, en alignement du collatéral, le pilier porte la stèle funéraire, (pierre du XVIIe siècle) de Mathurin Serault (monument historique). Sous la baie nord se trouve la stèle de fondation (XVIIe siècle) de sœur Françoise Paule Norret. La baie nord présente

 un vitrail représentant saint Joseph, œuvre de Ducler datée de 1870. Le vitrail de la baie ouest est de la même année, et présente la Vierge en majesté. Ces deux vitraux proviennent les ateliers du maître verrier

  1. Bazin et Cie, au Mesnil Saint-Firmin. Sous cette dernière fenêtre, un autel (avec une double pierre de consécration) sert de support à deux jolies statues (H 1,10 m) de Joseph et de Marie (avec son enfant debout sur un globe noir) qui flanquent un grand tableau de Deully, d'après Murillo, daté de 1882, représentant une Vierge à l'enfant. Cette répétition (vitrail, statue, tableau) de Marie fait parfois appeler la chapelle nord : la chapelle de la Vierge.

Les vitraux des baies de la chapelle sud ne sont pas ornementés. Sous la baie de l'est, un meuble en enfilade supporte une tapisserie récente représentant la Scène. Sous la fenêtre du sud se trouvent les orants de Charles du Plessis et son épouse Antoinette de Pons (monuments historiques). Ils sont représentés en grandeur naturelle, en costumes Henry IV, à genoux sur leurs prie-Dieu blasonnés. Tous deux portent la fraise empesée ; l'homme le grand manteau avec la croix du Saint-Esprit, la femme le grand voile sur une robe à manches bouillonnées, mode qui permet de dater cette œuvre entre 1620 et 1625. Elle est de Nicolas Guillain (1580-1658).

Une pose insolite. Les personnages tournent la tête vers l'assistance. Cette curiosité tient au fait que les statues ont été changées de place. À l'origine, elles se trouvaient sur les cercueils des personnages qu'elles représentent, dans la chapelle nord. Leurs regards se portaient alors logiquement vers le chœur. Cette transposition (1854) fut rendue nécessaire à cause de l'humidité dont les statues souffraient au nord.

Ce transfert n'a été possible que par l'absence de statues dans la chapelle sud sur les corps de Roger Duplessis et de Jeanne de Schomberg. Des statues (orants 7) de ces deux personnages ont elles existé 7 C'est probable, et celles-là pouvaient parfaitement être du sculpteur Nicolas Coustou (1658-1733), comme l'indique l'arrêté de classement du 12 juillet 1886. Que sont-elles devenues 7 C'est un mystère. Mystère également que la disparition tardive (1966) du confessionnal, remplacé par un simple prie-Dieu dans l'angle sud-ouest de cette chapelle.