Le chœur et l'abside

C'est un ensemble majestueux sous de hautes voûtes en croisées de cintres qui dans l'abside, reposent sur des corbeaux aux deux croisillons nord et sud. Cette élégante arcature, qu'un effet de parallaxe peut confondre avec des ogives faiblement élancées, est la plus haute (16 m) dans l'abside. Comme dans les chapelles, les armes des du Plessis, sous forme d'écus, se répètent à chaque croisée de voûtes, à l'exception de celui du chœur, qui s'en est détaché.

L'abside, polygonale, possède trois hautes fenêtres terminées en plein-cintre, formant un triptyque de vitraux qui représentent les trois moments majeurs de la vie et la mort de Martin : la révélation, le sacerdoce et la sanctification. Ils sont datés de 1871 et, comme les vitraux de la chapelle nord, proviennent les ateliers du maître verrier M. Bazin et C', au Mesnil Saint-Firmin. La révélation est traduite par le soldat voyant en rêve le Christ revêtu de la moitié de son manteau, le sacerdoce montre l'évêque à l'eucharistie, et la sanctification son accueil parmi les saints du Paradis.

L'abside et le chœur sont ornés de marbres gris et roses. Cette décoration du XVIIe siècle n'hésite pourtant pas à répéter partiellement l'ornementation extérieure (festons, guirlandes, etc.) du siècle précédent. Certains lambris de marbre, affectés par l'humidité, ont été remplacés par des revêtements de stuc (mélange de chaux, de poussière de marbre et de craie), technique qui a été abondamment employée pour le sanctuaire et les premiers piliers du chœur. Bien des amateurs d'art sacré pensent que l'église de Liancourt, comme beaucoup d'autres, a été" victime d'une époque", et auraient préféré à cette décoration lourde la simplicité d'aspect des murs de pierres.

Le maître-autel, en marbre rouge, a la particularité d'avoir un tabernacle en marbre blanc. Cette différence est une conséquence de la précipitation avec laquelle le culte fut rétabli après la Révolution. Cet autel, commandé dans un matériau et une couleur en rapport avec la décoration du chœur, remplaça très vite un premier autel provisoire, en bois. Mais on oublia de livrer le tabernacle ! On alla donc quérir un tabernacle d'occasion, provenant probablement de la démolition de l'église Sainte Geneviève, à Senlis. Il était blanc, mais on l'adapta ... Il porte deux dates, au dos : 1725 et 1728.

Jusqu'en 1966, une statue de la vierge (Notre-Dame de Miséricorde) dominait l'autel. Elle était la réplique en plâtre d'une vierge en pierre qu'elle avait remplacée au XIX· siècle, l'original ayant été cédé au musée du Louvre. Elle provenait du prieuré de Wariville, commune de Litz, en lisière de la forêt de Hez, et avait été à l'église par Jacques Isoré (1758-1839), ancien député à la Convention, qui vint finir ses jours à Liancourt.

Un "regrettable accident". Lors des travaux de 1966 commandés par le chanoine Gazeau, la grande vierge de l'autel, "accidentellement " bousculée par l'entrepreneur, tomba et se rompit en mille morceaux. On la remplaça par la grande croix du banc d'œuvre, plus fine, et qui n'occultait pas le vitrail central de l'abside. Un échange que chacun s'accorda à juger avantageux ...

Dans le chœur se trouvaient autrefois des stalles, offertes en 1725 par Jean-Baptiste Le Preste, chanoine de Sainte-Geneviève. Elles ont été supprimées, ainsi que leurs grilles d'entourage, en 1966, lors des travaux d'agrandissement et de remise à niveau du pré-chœur. Un autel de célébration mobile et très sobre, fut placé, rapproché des fidèles, pour un office leur faisant face.

Les transformations de 1966 (ou les surprises d'un conseiller qui " voit grand "). Le concile Vatican li l'a dit clairement : les chrétiens forment un peuple, ils doivent se rapprocher ; le culte doit être communautaire. À Liancourt, le conseil paroissial du 19 octobre 1965 saisit l'occasion de la réforme liturgique pour réaménager l'église. On peut résumer l'esprit de ces travaux en disant qu'il s'agit de supprimer les séparations entre l'officiant et les fidèles. L'autel de célébration doit être plus proche ; il sera avancé sur un pré-chœur dégagé de ses stalles et mis au même niveau que les chapelles. Cette disposition, en outre, mettra en valeur majeur, sur le tabernacle duquel sera placée une croix. Le même esprit de rapprochement et d'égalité suggère de supprimer la chaire et le banc-d ‘œuvre. Cette position, bien qu'acceptée, est retardée. Le consultant en architecture sacrée (dont le nom n'est pas à retenir) propose ce même jour de ranger au grenier les statues de Jeanne d'Arc, Antoine, Joseph, ND de Lourdes, ainsi que" l'immense "crucifix, "l'énorme "horloge de l'orgue et deux " importants "tableaux trop grands pour l'église.